Jean Luc Moreau Romain

Faut-il beaucoup réfléchir à ce que l'on fait ?

Faut-il beaucoup réfléchir à ce qu'on fait ?
Jamais très sûr de bien connaître le sujet que j'aborde, chaque création non verbale est une interrogation que j'entreprends avant tout pour moi, sachant que d'autres, humains comme moi, peuvent s'y retrouver. Ce que je recherche sans vouloir partager en réflexion écrite ou verbale quand je vois, par exemple, la difficulté que j'ai pour aligner correctement ce texte.


Avant de commencer une série d'au moins une dizaine d'œuvres, j'attaque le sujet en puisant dans des écrits de certains auteurs qui sont mes piliers (Sénèque, Onfray, Mauriac, Cyrulnik, Bohler, Rameau, Satie, Gauguin, Matisse, etc.), philosophes, éthologues, neurologues, psychiatres, musiciens, etc. Bien sûr, mes regards sur les créatifs, vivants ou tous les Maîtres chez qui j'ai beaucoup puisés et d'autres à découvrir encore sont indispensables. J'en abuse, même financièrement (pas très loin, voire dans ma rue, il y a de nombreux livres d'occasion, parfois des pépites qui me font oublier de solder des dettes…). Je compose aussi des « poèmes » dont le sens peut échapper à beaucoup, avant tout dirigés par la musicalité des mots plus que par le sens (bizarrement, cela correspond souvent !?) et des improvisations sur clavier ou guitare que je ne divulgue ni n'enregistre. Cela peut prendre longtemps avant que j'aboutisse la présentation picturale ; toutes les techniques que j'ai déjà utilisé pour percevoir la chose doivent s'effacer pour que mon cerveau pense uniquement en formes et couleurs, soit bi-dimensionnelles soit tri-dimensionnelles. Que chaque détail soit déterminé par un ensemble qui formera un TOUT indivisible. Peu importe comment, peu importe avec quoi, peu importe que ce soit compréhensible ou non pour un autre : l'important est le TOUT qui en résulte.


En ce sens la Tradition —venue du fond des âges par l'intermédiaire des Maîtres qui ont porté mon apprentissage dans leur atelier ou aux Arts'A et Beaux-Arts (-de Paris, naturellement,- lorsqu'on est resté en instance) dès l'âge de 16 ans— aide à faire fi des habitudes, des « postures » et certitudes ; forcément, je n'entre pas « sur le marché », ce dont je ne me sens pas plus mal même si « ça coince souvent côté budget »… j'ai d'ailleurs choisi une petite bourgade creusoise où il fait bon vivre et créer des collectifs avec les amis Artsaciens ou Beauxartsiens des années 1963-70 qui s'y sont installés aussi, où plein de jeunes s'affairent, discutent, etc., dans une ambiance multiraciale qui a les mêmes ambitions que nous, même si la santé ne suit pas tout le temps pour moi (tout de même bien gérée par ma chère XUAN qui finira un jour par être médecin elle-même).


Cette histoire de santé est évidemment préoccupante mais cela reste dans la continuité de ma jeunesse où les handicaps étaient durement à maîtriser dans une ambiance plutôt hostile de la part des élèves qui me côtoyaient (je ne faisais pas partie du clan des enfants normaux, sujet à ricanement, entourloupes qui finissaient par me mettre hors de soi avec les sanctions conséquentes, plus difficiles à subir que pour les autres qui les bâclaient sans difficulté) ; c'est un défi qui lève une formidable opportunité de réflexion visuelle.

tentures doublées d'un voile peint, de gauche à droite : Jeean Luc Moreau Romain, Dominique Chauveau, Xuan Vo
Été 2018, face nord de l'église de F23500 Saint Georges Nigremont,
3 tentures de 4,50 m doublées d'un voile peint.
Gauche, Jean Luc Moreau Romain - milieu, Dominique Chauveau - droite, Nuax Ov


Comment je procède :
j'ai remarqué, il n'y a pas si longtemps,  que :
a) j'ai une ligne de conduite immuable que seul le métier (qui n'en est pas réellement un, ce serait plutôt une vocation qui nécessite de beaucoup écouter plutôt que d'imposer, ce qui n'est pas souvent le cas pour la multitude de « profs » que j'ai côtoyés : j'ai été pas mal baladé d'un établissement à l'autre à travers les région parisienne, PACA et Rhône-Alpes) d'enseignant a perturbé pendant de nombreuses années.
Cette ligne de conduite commence au réveil où je ne sais bouger sans avoir au préalable réfléchi à un projet, une idée, voire écrit ou dessiné sur un bout de papier soit ces choses intellectuelles, soit quelque « poème » juste le temps que le corps ait le temps de s'habituer à s'animer.  Écrit basé la plupart du temps sur un rythme et harmonie sonore qui me semble au départ sans grand sens.  Encore à moitié endormi, c'est un univers musical qui me sort du lit.
Puis les méninges prenant la suite, je m'aperçois que cette musique a précédé le sens : le rythme des syllabes, l'articulation harmonique de ces syllabes mises bout à bout créent un ensemble impossible à dissocier. Que cet ensemble met en place un thème particulier mis en évidence d'une manière différente de la façon dont l'intellect travaille ordinairement.
Les étapes domestique prennent un peu la place et je peaufine quelques détails que je voudrais voir séchés lorsque je continuerai le travail avant de préparer le repas de midi (14:30 serait plus exact) —je m'occupe essentiellement de la vaisselle, de la salade et du dessert— puis j'attaque la surface que j'ai accroché au mur de l'atelier à la lumière du nord un peu moins changeante que l'exposition sud dont la coloration, souvent chatoyante, est beaucoup trop changeante

Je n'ai pas encore fini de rédiger, ce qui prend souvent beaucoup de temps chez moi…

Créé avec Artmajeur